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Coupable (Partie II)

PARTIE II   

Cela fait un moment que je n’ai pas écrit une ligne. Pourquoi ? Je ne le sais pas moi-même. Déjà un mois, peut-être deux ou même trois. Je ne saurai le dire. Je semble avoir perdu toute notion du temps dans ce lieu de tourments. Le temps pour moi semble s’être figé mais pourtant, je vieillis.

Je regarde désormais le monde avec des yeux ternes et lugubres. Plus aucun éclat, plus aucune chaleur. Mon visage qui autrefois séduisait des jeunes femmes aux traits concupiscents, est aujourd’hui émacié et ferait sans doute fuir la plus laide des vieilles. J’ai l’air d’un zombie, d’un véritable déchet humain et pourtant, mon cœur continue de battre mais, pourquoi ? ô pitié, je n’en peux plus.

Ce lieu est bien plus qu’une geôle. C’est l’antichambre de l’enfer. Les cellules, si l’on peut les appeler ainsi sont assez étroite et tenez-vous bien, une cellule doit être occupée par une dizaine de prisonniers. Moi qui autrefois vivait dans l’abondance, être réduit à ça ? Tout est noir ici. Sombre comme les ténèbres, c’est le désespoir, le chaos.

Mes compagnons de cellule me haïssent. Je le vois dans leurs regards, ils ont envie de me tuer. Je suis là depuis peu et j’ai déjà deux côtes cassées et le visage boursouflé.

Zut ! Il faut que je dépose ce cahier, quelqu’un approche !

28 Février 2003

J’entendis des pas, j’entrepris de ranger immédiatement mon journal en le faisant disparaître à l’intérieur de mon vieux tee-shirt déguenillé. J’eus à peine le temps de le faire lorsqu’une voix grave aux tonalités monstrueuses s’éleva tout juste derrière moi. C’était Alban, un criminel de la pire espèce qui s’était donné pour mission de briser mes plus petites lueurs d’espoir. Son âme était sombre, aussi sombre que l’obscurité qui possédait ce lieu. Il me torturait pour que je cède à leur avance et ainsi faire partir de leur bande.

-Alors, sale rat, que fais-tu donc ?

-Rien du tout, couinais-je.

-Tu en es bien sûr ? Pourtant, je t’ai bien vu dissimulé quelque chose sous ton tee-shirt.

-Riiiieenn. Je t’assure. Tu sais bien que je ne serai pas capable de te mentir.

-C’est justement ce que je vais vérifier.

Il s’approcha de moi. Ses yeux étaient pleins de mépris, de hargne et de haine. Son regard seul suffisait à infliger à mon âme des peines indescriptibles. Il se mit soudain à rire, d’un rire froid et sadique. Je l’entendais, j’avais mal, mais je ne pouvais rien contre ce molosse de 2 mètres 20 et qui pesait trois fois plus que moi.

J’étais assis sur le sol plein de crasse et d’urine avec par endroits des traces de matières fécales, recroquevillé sur moi-même. Supporté l’odeur était déjà pour mon pauvre corps un supplice.

D’un coup de pied musclé, il meurtrit mon ventre affamé et squelettique. La douleur étant forte, j’eus très mal.  Je suis un homme et je suis viril mais hélas, je ne pus retenir mes larmes.

-Et voilà qu’il se met à chialer. Les gars, venez !

Cinq prisonniers entrèrent. Ils étaient également mes compagnons de cellule. Il en restait encore trois autres mais ils étaient occupés à l’extérieur car ils n’avaient  pas fini d’accomplir leurs tâches journalières.

-Patron, je crois que c’est bon, il a compris. Le pauvre, il me fait de la peine.

-C’est toi qui risques de me faire de la peine si tu ne la ferme pas. Tu veux peut-être prendre sa place ?

-Absolument pas, articule le poltron de Rémi.

Alban, s’approcha de moi. Il retira la ceinture qui retenait son vieux pantalon d’hors la loi, et se mit à me fouetter. Sous ses ordres, les autres firent pareils. Je criais mais hélas, ma douleur, loin  d’attendrir ces démons, décuplait plutôt leur plaisir.

-Eh maintenant, je vais voir si tu peux encore me résister, sale pétasse.

Il se pencha, retira mon pantalon et me demanda de me mettre à quatre pattes, comme un chien. Je refusai avec véhémence. Mais l’homme, bien décidé à satisfaire ses désirs pervers et contre nature sur ma personne, demanda à deux de ses hommes, de me maintenir dans la position adéquate afin qu’il puisse accomplir sa sale besogne.

Je n’avais plus de force pour me défendre, j’étais perdu et je ne désirais plus qu’une chose, mourir. Je sentis le molosse, se mettre à genoux tout juste derrière moi. Deux de ses hommes me retenaient de part et d’autre. Vous devez sans doute vous demandez de quel genre de bande il s’agissait ? Eh bien, Alban et ses hommes étaient des homosexuels. Ou du moins, Alban était un homosexuel qui avait  réussi à asservir ses compagnons de cellule par la crainte. Ils avaient donc fini par adopter le même mode de vie sexuel que lui. Il était le mâle, et eux, les femelles. Cependant je dois avouer que cet homme, amoureux de sodomie n’a pas toujours été ainsi. Après tout, n’est ce pas normal ? En prison, il n’y a pas de femme et ayant un appétit sexuel vorace, il n’eut donc le choix que de se contenter de ses semblables.

Chaque soir, dans cette cellule, mon sommeil était perturbé par leurs cris de jouissance et de douleur. Maintenant, c’était mon tour. Je n’arriverais sans doute plus jamais à supporter mon reflet dans un miroir après cela.

Je fermai mes yeux et fis le vide dans mon esprit. Quelle abomination ! Je restai ainsi dans cette position, attendant l’instant ultime. Mais, rien.

-Lèves-toi, me lança une voix.

J’ouvris soudainement les yeux et vis que les six hommes n’étaient plus là.

-Tu me fais vraiment pitié !

Je me levai et m’assis. Il se tenait là, debout, habillé de haillons mais avait cependant un port majestueux. C’était un vieil homme, pas si vieux que cela d’âge mais, sa frêle silhouette, sèche et osseuse, ses deux gros yeux profondément enfoncés dans ce visage terne et avachi lui donnaient l’air d’un septuagénaire. Il s’avança vers moi. Sa démarche était élégante et à chaque pas qu’il faisait, il se dégageait de sa personne, du charisme et de la grâce. Si cette prison était un royaume, j’avais donc devant moi, le prince mais que dis-je ? Le roi.

Il arriva enfin à ma hauteur et me tendit sa main squelettique . J’hésitai longuement. Son visage, beau et à la fois monstrueux, me captivait. L’homme était grand et sa maigreur apparente lui donnait l’air d’une longue branche d’arbre prête à se rompre.

Mais qui était donc ce mystérieux inconnu qui avait réussi à mettre en fuite des bandits aussi tenaces ?

-Je te fais peur ? Me demanda-t-il. Je fais souvent cet effet-là aux gens. Désolé donc si tel est le cas.

-Non, répondis-je, fasciné.

Sa voix était calme mais pleine d’autorité. Il n’avait qu’à donner un ordre et je l’aurais exécuté sur-le-champ. Je savais maintenant pourquoi Alban et sa bande avaient détalé.

-Allez, prend donc ma main. Elle a peut-être l’air fragile mais, elle est très forte. Elle ne se brisera pas, en tout cas, pas aujourd’hui.

Je ne me fis pas prier plus longtemps. Je pris la main qu’il me tendait. Elle était toute moite. Une fois debout, je croisai son regard brun doré. Il était vif  et très expressif. L’homme me sourit et tout d’un coup, je sentis une paix étrange m’envahir. Je n’avais plus qu’une seule envie, le suivre, devenir son disciple.

1er Mars 2003

A suivre…

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