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Coupable( Partie V)

PARTIE V

Il s’avança vers moi, me regarda longuement puis subitement me dit :

-Tu as une sacrée veine, jeune homme. Tu ne mourras pas en tout cas, pas demain.

Bien avant ma rencontre avec ce mystérieux être, il m’était arrivé de lire dans de merveilleux romans des histoires sur des poisons qui selon moi n’existaient pas. Tu sais, les poisons sont réputés assez mortelles pour l’homme mais il existe bien des poisons qui loin de provoquer la mort, permettent de l’éviter. Je crois bien que c’est de l’un de ses poisons que fit usage Juliette pour échapper à un mariage forcé. C’est également de la même substance qu’usa Edmond Dantès pour sauver la pauvre fille du substitut du procureur menacée de mort par cette femme froide et ignoble qu’était sa belle-mère.

L’étranger sortit de l’une de ses poches, une petite fiole et me la tendit. Qui était donc cet homme qui semblait tout droit être sorti des profondeurs du royaume d’Hadès ? Était-il réel ou s’agissait-il d’un rêve, d’un songe ? Je le saurais sans doute au lever de soleil.

Devant mon apparente hésitation, l’homme se rapprocha encore plus de moi. J’étais assis au sol, les bras et les jambes croisées et avais l’air d’implorer intérieurement des forces supérieures pour m’aider à jouer un mauvais tour à la mort.

Il était devant moi et mon regard croisa le sien. Ses yeux étaient d’un noir brillant et exquis. Son regard, très pénétrant, m’impressionna et sans raison aucune, je décidai de lui faire confiance. Je rassemblai mes dernières forces afin d’étouffer mes derniers doutes puis, lorsque se fut fait, je me saisis de la fiole qu’il me tendait.

-Tu es un jeune homme si plein de vie et rien qu’en te regardant, je peux le voir : tu es innocent. Ton âme est noble et pure cependant tu auras le temps d’apprendre que pour vivre longtemps et heureux sur cette terre, il faut bien souvent faire fi de ses valeurs et de ses sentiments. Cette fiole  contient un poison. Poison foudroyant et violent mais également source de vie et clé de ta liberté. Tu dois sans doute te demander en quoi un poison te guidera vers la liberté à moins que cette liberté ne signifie qu’ affranchissement du monde terrestre vers celui des esprits. Mais , détrompe-toi. Ton exécution est prévue pour demain à quatorze heures, cette heure à laquelle le soleil brille de tout son éclat. Tu prendras le contenu de cette fiole à midi. Dès que tu l’auras ingurgité, tu ressentiras un engourdissement. Tes fonctions vitales ralentiront jusqu’à ce qu’elles s’arrêtent définitivement. Tu seras donc mort.

L’allusion qu’il fit à la mort me fit aussitôt sursauter. Pourtant, je croyais m’être suffisamment préparé. Je me suis toujours dit que la mort n’est que le passage d’un état vers un autre état. Je considérais la fin d’une existence comme l’achèvement de toutes les souffrances et peines humaines. D’ailleurs, je pense que bien des personnes seraient de cet avis. Mais hélas, tout cela n’est que théorie. Il suffit tout juste d’invoquer la mort pour que les membres commencent à se raidirent, les yeux à frémir d’effroi et de tristesse et le cœur, à valser au rythme endiablé  de la faucheuse.

L’inconnu avait vu tout cela en moi et se mit aussitôt à sourire. Malgré son masque, je pus lire l’expression amusée de son visage.

-N’ait donc aucune crainte, me dit-il. Tu ne mourras pas. En tout cas, pas demain. Ce poison agira sur tes fonctions vitales durant douze heures. Le temps nécessaire pour que l’on puisse confirmer ta mort. Etant issue de la royauté, ta famille devrait normalement réclamer ton corps mais en vérité, j’en doute. Tu seras enterré comme un simple prisonnier c’est-à-dire que tu auras droit à des obsèques de chiens galeux. Maintenant, je dois me retirer. Contente toi simplement  de suivre mes instructions et tu verras que les choses se passeront très bien pour toi.

L’esprit en pleine vadrouille dans un univers que je ne saurais décrire, je ne fis pas attention à la longue silhouette filiforme qui, sans un bruit, sans un mot, sortit furtivement de ma cellule. Lorsque je revins à moi, il n’était plus là. Était-ce un rêve ? Un songe ? Mais non, cet échange était bel et bien réel. La petite fiole que je tenais serrée entre mes doigts en était la preuve.

Je ne sus à quel moment, mais je finis par m’endormir. Ce fut sans doute l’une des pires nuits de ma vie à part bien sûr celles que je passe dans cette prison depuis bientôt sept ans. Je ne savais guère ce qui allait bien pouvoir advenir de moi. Et si rien ne se passait comme prévu avec le poison ?

Le jour se leva bien assez vite ce jour-là, comme si la nature elle-même désirait ardemment que j’émette mon dernier râle. Ce devait être mon dernier jour sur terre. Et pour égayer cette funeste journée, la direction du pénitencier avait décidé que je n’effectuerai aucune tâche. Je pouvais donc décider de rester soit dans ma cellule, soit dans la cour. Le lieu dans lequel je devais être fusillé se trouvant à une trentaine de minutes de la prison, la voiture qui devait m’y emmener n’arriverait qu’à une heure de l’après-midi.

Mais en vrai, la mort en elle-même ne fait pas peur c’est plutôt la manière dont l’on doit quitter ce monde qui nous effraie le plus. On sait que l’on doit mourir un jour ou l’autre mais quand et comment ? Telles sont les questions que l’on se pose.

J’allais être fusillé, plus de raisons de me tourmenter. La douleur serait sans doute âpre et la mort prendrait du temps , peut-être quelques secondes, voire quelques minutes à m’entraîner au tréfonds de ses abysses.

A bien y réfléchir, je pense que les condamnés à mort sont bien plus heureux que le reste de l’humanité. Ils savent presque toujours à l’avance le moment où toute vie s’estompera à jamais de leur être.  Le mieux encore, c’est qu’ils savent comment.

Lorsqu’il sonna midi, je pris la fiole que j’avais dissimulée dans mes affaires et j’en bus tout le contenu. Une sensation de mal être commença à envahir les moindres recoins de mon corps et de mon âme. Je transpirais et cette eau, provenant de mes entrailles, étaient si abondante que mon vieux tee-shirt et ma culotte toute déguenillée semblaient avoir été trempés longuement dans l’eau. Soudain, une douleur à la poitrine. Ma respiration devenait de plus en plus rapide et saccadée et mon cœur, il semblait vouloir bondir hors de ma poitrine. Je tombai, puis, le vide. Je ne me rappelle plus vraiment de ce qui s’est passé durant ces douze heures d’inconscience.

 10 mars 2003( A suivre…)

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