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Les mémoires d’une débauchée (PARTIE II)

Partie II

Adénikè se réveilla douze heures plus tard dans une chambre d’hôpital. La lumière du jour aveuglait ses beaux yeux couleur marron qui depuis quelques heures n’avaient eu pour compagne que les ombres obscures de la nuit.

-Elle va beaucoup mieux. Le pire est passé, dit le médecin d’un air plutôt rassuré.

   La jeune femme l’observa minutieusement. Il faisait face à un interlocuteur qu’elle n’arrivait pas à distinguer.

   L’homme vêtu d’une blouse blanche sortit enfin, laissant apparaître sous les yeux de la convalescente, un jeune homme la trentaine révolue. Grand, beau et fort,  il avait ce charisme et cette élégance qui attirait les femelles. Il aurait pu avoir un harem mais il n’aimait qu’une femme : Adénikè qu’il appelait affectueusement Adé.

   Il alla s’asseoir près de la jeune femme. Troublée, elle ne put supporter ce regard qui semblait lui poser des dizaines de questions auxquelles elle n’avait aucune envie de répondre.

-Pourquoi as-tu fait cela ? Pourquoi as-tu tenté de te suicider? Tu nous aimes donc si peu Lionel et moi?

   Elle aurait voulu lui crier sa peine, jouer de façon limpide et lui dévoiler ses cartes mais elle ne le pouvait pas. Que penserait il donc d’elle ? Il était son unique bonheur et elle préférait perdre son âme que de le couvrir d’une telle disgrâce.

-Tout ce dont j’ai besoin pour le moment, c’est de repos.

-Repos? S’il n’y avait eu ce pêcheur, tu te serais noyée. 

– Il aurait dû me laisser mourir. Je n’ai pas demandé à vivre! Lança-t-elle horripilée.

   Choqué, Fred se leva et lui jeta un dernier regard. Il lui fit dos et se dirigea vers la sortie. Le jeune homme ne reconnaissait plus cette femme à qui il avait fait la promesse d’un amour éternel. Bien plus que cela, il lui avait donné son âme.

   Les jours qui suivirent furent les pires pour la jeune mère. Elle relut mille et une fois la fameuse lettre mais son esprit n’arrivait guère à entrevoir la moindre lueur dans tous ce ramassis d’émotions.

   C’était justement dans ces situations qu’elle avait besoin des bons conseils de son époux. Mais hélas, elle ne pouvait lui ouvrir son cœur. Elle aurait également bien voulu recueillir l’avis de Luce mais cela serait faire un choix dans l’immédiat. Sa sœur ou son bonheur ? Non elle ne pouvait compromettre l’avenir de Luce pour des erreurs qu’elle avait elle-même commises des années plus tôt.

   Lionel dormait paisiblement. Adénikè l’adorait. Sa venue avait marqué un nouveau tournant dans sa vie et avait consolidé l’amour qui l’unissait à Fred. Il était beau comme un prince et doux comme un ange. En le regardant, elle se détesta d’avoir voulu mettre un terme à son existence. Comment avait-elle pu oser? Fred avait raison. Quel genre de mère était-elle donc? Le mieux c’était s’armer de courage, ne pas flancher, résisté aux pires intempéries tel un cèdre. Elle n’allait qu’en sortir plus grandie et forte. Si cet homme qui lui rendait la vie pénible voulait la guerre, il l’aurait donc. Elle devait elle même redonner vie à ses vieux démons afin de s’en débarrasser pour toujours. Mais Fred la comprendrait-il vraiment ?  Elle misait certes sa vie et son bonheur mais pouvait elle être heureuse en sacrifiant sa sœur?

   Adénikè inventa dans son esprit un sablier afin de contrôler le temps. Il semblait s’être figé. Elle aurait voulu qu’il avance à la vitesse démente du vent mais il allait au rythme de la tortue.  Chaque seconde, chaque minute qui passait représentait pour elle une éternité. De cette éternité de suspens, de douleur, d’indécision et d’incertitude, elle ne voulait point. Lasse de blesser le plancher à chaque fois qu’elle faisait montre de son impatience, elle se coucha et s’endormit.

                                               **                            **

   La porte s’ouvrit et Fred apparut. Adénikè dormait, le petit dans ses bras. Elle était si belle, si innocente. Il lui donna un baiser au front. Elle se réveilla.

-Il fait tard Fred, où étais-tu donc?

-J’avais un dossier important à étudier, j’y ai consacré tout mon temps. Mon cœur, pardonne moi. Plus jamais, je ne ferai une telle chose.

-Excuse-moi. Excuse mon comportement hautain et méprisable  ces derniers jours. J’ai perdu le repos, tu sais. Mon âme souffre et il n’y a que toi pour briser le joug de la servitude qui le retient prisonnier.

-Adé qu’essaies-tu de me dire?                       

– Tais-toi et écoutes moi, c’est assez important. Il faut que je décharge cette croix, cette bosse qui freine mon élan.

-Mais…

   Elle posa son index sur ses lèvres avant qu’il ne pût terminer sa phrase et l’embrassa. Elle aurait voulu que cet instant s’éternise. Peut-être était-ce le dernier ? L’important était de vivre le présent.

   La jeune femme se détacha de l’étreinte de son mari.

– Il y a tant de choses que je dois te dire. Mais j’ai peur. J’ai peur que tu me haïsses après cela. Je n’ai jamais aimé avant toi. Tu es mon premier amour et sans doute le dernier,  et je suis fière de dire à tous que tu es l’homme de ma vie. Nous nous sommes mariés afin de traverser aussi bien le printemps que l’averse. Et quand je parle d’averses, même si tu devenais aveugle, sourd, muet, paralysé à la fois, je t’aimerais toujours autant. Ce que j’ai à te dire est très important. J’espère que tu ne me rejetteras pas après mon aveu. Mais avant d’en venir au fait, je veux te conter l’histoire d’une femme. C’est l’histoire d’un cœur qui a lutté contre la vie et ses injustices. C’est un cœur qui n’avait jamais trouvé refuge mais qui a fini par trouver un foyer. Je pourrai en venir directement au fait mais je veux te conter cette histoire. Je le veux vraiment.

    Adénikè resta silencieuse un long moment. Puis les yeux embués de larmes, elle se mit à chercher dans les moindres recoins de son esprit ses souvenirs autant heureux que malheureux. Ces démons qu’elle avait tentés par tous les moyens d’oublier, se mirent à reprendre forme. Elle avait mal mais il était temps de tout dire. Adénikè n’avait pas fait ce choix, il s’était imposé à elle.

A suivre…

 

  

 

 

                                                        

 

                                                              

 

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