> *LES MEMOIRES D’UNE DEBAUCHEE (PARTIE VI)* - HODIE

*LES MEMOIRES D’UNE DEBAUCHEE (PARTIE VI)*

La mort de grand-mère accrut les médisances à mon sujet. Il était clair que les villageois ne voulaient plus de moi. Le chef du village et son conseil avaient donc décidé  que je rejoindrais à nouveau mon tartare.

Certaines choses ne dépendent vraiment pas de nous. J’ai lu dans Le monde s’effondre de Chinua Achebe que lorsqu’un homme disait « oui», son “chi” ou “dieu personnel” disait également oui. Mais je me retrouvais dans le cas d’Okonkwo, j’avais beau dire oui, avoir les meilleurs pensées du monde, la vie ne cessait de me faire retomber dans la souffrance.

Contre toute attente, une étrangère se présenta au village avec une grosse voiture. J’en fus émerveillée. Jamais dans mes souvenirs, je ne me rappelais avoir vu pareil engin. Certes des voitures j’en voyais  mais c’était tout juste ces vieux tacots bons pour la casse, polluant à tout bout de champ l’atmosphère et qui de temps à autre transportaient les villageois vers la ville.

C’était une Mercedes couleur bleue turquoise. L’étrangère, ou plutôt “la déesse”, c’est ainsi que je la surnommai, était d’une beauté qui tenait du divin. Elle avait un magnifique teint, était svelte et avait la stature de ces divinités grecques. Tout  en elle était la grâce personnifiée et ses yeux étaient si beaux et si grands que le monde entier  aurait pu s’y noyer. C’était une aberration, une avanie que de mettre tant de perfection en un seul être !

Je ne savais pas qui elle était jusqu’à ce qu’elle plaide ma cause devant le conseil. Je ne la connaissais guère mais tout de suite je fus prise de sympathie pour elle.

La déesse se nommait Elvire. Elle était orpheline tout comme moi et avait perdu ses parents durant son enfance. Livrée à elle-même, aucun membre de sa famille autant maternelle que paternelle ne voulut d’elle. Condamnée par la justice des hommes à la rue et à la mendicité, un ange se présenta à elle sous les traits d’Achabi. Elle n’avait alors que dix ans. Cette femme lui voua un amour incommensurable et inextinguible. Elvire se prit d’amitié pour la fille de sa bienfaitrice, Élisabeth, de deux ans sa cadette. Elle l’aimait comme une amie et la protégeait comme une sœur.

Lorsqu’Elisabeth et Elvire atteignirent l’âge de l’adolescence, cet âge fou où la douleur et la déception succèdent à la joie du premier amour, elles se lièrent d’amitié à Gertrude. Gertrude était belle et en était un peu trop fière. Elle aimait ses deux amies mais ne supportait pas l’élan des hommes pour elles. Elle avait aussi à ses pieds les plus beaux spécimens mais dès qu’ils découvraient sa frivolité et son égoïsme, ils prenaient leur distance.

Élisabeth voulait se marier, avoir des enfants, mener une vie bien réglée. Elvire quant à elle avait la tête pleine de rêves. Elle voulait avoir l’infini à sa portée, partir à l’aventure, faire florès. Oui, elle avait des rêves qui excédaient largement tout ce à quoi aspiraient les habitants du village.

A vingt ans, Elisabeth croyant trouver en Marc son idéal se maria et quitta le village. Elvire se sentant trahie partit et ne donna plus jamais de nouvelles. Achabi en eut le cœur brisé. Elle qui avait connu les joies de la maternité à quarante ans, n’eut point le loisir d’en jouir assez longtemps.

Dépitée de ne point trouver en l’un de ses soupirants un homme désireux de faire d’elle son épouse, Gertrude se mit à nourrir une sordide haine pour Elisabeth. Elisabeth étant ma mère, C’était sans doute la raison pour laquelle elle me haïssait tant.

Le hasard voulut que Elvire vienne justement ce jour où ma vie se jouait au conseil.  Elle était plutôt gentille.  Elle m’a si bien défendue que je gravai son discours à jamais dans ma mémoire.

-Je voudrais m’occuper d’elle si vous m’en donnez la permission dit-elle au chef du village.

-Mais elle est maudite! dit-il un soupçon de colère dans les yeux.

-Ce n’est qu’une toute petite fille frappée par la cruauté du destin. Ce n’est qu’un jeune cœur qui n’a pu trouver refuge contre les intempéries de la vie. Et si vous tenez tant à votre malédiction, gardez-là pour vous. J’ai bien été maudite moi aussi et pourtant aujourd’hui je festoie avec les rois.

Elle avait raison en parlant de ce refuge, cet abri sûr que je n’avais point trouvé jusque là. Mais aujourd’hui, je pense avoir trouvé un foyer et j’entends bien lutter avec toute la hargne que j’abrite en moi pour le conserver.

Les jours qui suivirent furent les plus beaux. Puis arriva le temps des adieux. Je devais quitter le village pour la ville aux côtés de celle qui était devenue ma marraine. Je n’ai jamais été baptisée avant notre mariage. Mais je crois que ce mot est celui qui convient le plus à Elvire vu le rôle qu’elle a joué dans ma vie.

Le jour de notre départ, je fis  à peine à monter dans la grosse cylindrée que j’aperçus Gertrude, ma marâtre, marchant d’un pas vif.

-Ô mon trésor dit-elle les larmes aux yeux, veux-tu donc m’abandonner ?

Ma déception fut grande.

Elvire fut heureuse en revoyant cette vieille amie. Gertrude quant à elle dut contrefaire un sourire. La présence d’Elvire risquait d’entraver ses projets. Elle fit donc preuve de ruse.

 

 

 

 

 

 

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